Sans-culottes

Durant mon enfance, je connus une cruelle pénurie de petites culottes. On avait beau m’en acheter, je n’en avais jamais assez. Lâches, étriquées, décousues ou décolorées, rien de franchement mettable (encore moins montrable). Si les sous-vêtements servent en principe à cacher ce qu’on a de plus intime, les miens devaient en eux-mêmes rester à l’écart des regards.
A l’époque, il y avait les bonnes culottes, et les mauvaises. Ma sœur ayant le même problème d’intendance que moi, les « emprunts » étaient fréquents. Même si nous avions (avons, et auront toujours) quatre ans d’écart, on s’en contentait. En vérité, c’était plutôt la pauvre culotte qui devait s’adapter à nous, ce qui pourrait éventuellement expliquer pourquoi nos sous-vêtements étaient dans un tel état. Les vols étaient aussi coutumiers que les accusations ; nous étions à la fois victimes et coupables.
La faute à maman. Etant aussi bien trahies que traitresses, difficile de reprocher quoi que ce soit à l’autre. C’est donc notre chère maman qui, incapable de différencier nos « culoques », se trouvait accablée. Ses erreurs entretenaient notre mauvaise foi, remplissant au passage nos tiroirs.
Pendant de longues années, la désormais fameuse « guerre des culottes » décima régulièrement nos stocks et connut son apogée avec la mode nouvelle du pantalon taille basse. La culotte étant devenue un vêtement à part entière, mieux valait ne pas avoir honte de l’exhiber.
Face à cette flambée de violence, notre mère sévit : corvée de linge générale. Faisant le tri nous-mêmes, le problème était réglé. Plus ou moins.
Au pays des chaussettes, la situation était aussi tendue, voire plus
(forcément, dès qu’on est en couple…).
Anne-Charlotte B.